Nichée au cœur de l’Alsace, entre vallées verdoyantes et traditions artisanales séculaires, La Maison Luquet incarne bien plus qu’un atelier de forge. Fondée par Simon et Soumia Luquet, cette taillanderie française a vu le jour avec une double ambition : préserver un savoir-faire en voie de disparition et l’ouvrir au plus grand nombre. C’est dans cette dynamique que s’inscrit leur démarche d’inclusivité, portée par une volonté forte de créer un espace respectueux, bienveillant et accessible à toutes et tous.
Ce texte explore en profondeur la philosophie inclusive de La Maison Luquet, en lien avec la notion de safe place, et les actions concrètes mises en œuvre pour démocratiser la forge, notamment auprès d’un public souvent éloigné de ce type d’artisanat, comme les femmes, les personnes débutantes ou les profils que les normes ne verraient pas dans un atelier.
Une safe place en milieu forgeron : une nécessité insoupçonnée
La forge peine à se défaire de son étiquette d’un monde fermé, rude, masculin, réservé à ceux qui savent déjà. Un lieu où la force brute prime, où les codes sont tacites, où le silence ou la moquerie (bashing) peuvent peser sur les épaules de celui ou celle qui débute. Or, cette vision est non seulement réductrice, mais surtout contre-productive.
Chez La Maison Luquet, on part d’un principe simple : personne ne devrait se sentir exclu d’un espace de savoir. C’est là que prend sens la notion de safe place, ou « espace sécurisé ». Mais ici, pas besoin d’afficher des grands slogans pour l’imposer. Il s’agit plutôt d’une culture, d’une ambiance, d’une attention constante portée à la façon dont chacun est accueilli, écouté, encouragé.
« Ce n’est pas un atelier où on juge ou où on vous regarde de travers si vous n’avez jamais tenu un marteau. On est là pour transmettre, et ça passe d’abord par le respect. » — Soumia Luquet
Cette approche humaine se manifeste dans tous les aspects de la taillanderie : de l’accueil aux explications, du ton des échanges à l’aménagement de l’espace, tout est pensé pour permettre à chacun·e de se sentir à sa place.
🔨 Une safe place dans un atelier de forge, c’est quoi concrètement ?
C’est un cadre où chacun(e), peu importe son niveau, son genre ou son background, peut découvrir la forge sans se sentir jugé(e), rabaissé(e) ou mis(e) de côté.
Cela veut dire :
On valorise l’apprentissage, pas la performance.
On prend le temps d’expliquer, sans faire sentir à personne qu’il ou elle « devrait déjà savoir ».
On veille à ce que l’ambiance reste bienveillante, encourageante, pas moqueuse ni condescendante.
On écoute les ressentis, notamment sur le rapport au corps, à la force, au feu — pour que chacun(e) trouve sa manière d’apprivoiser la matière.
L’inclusivité comme levier de transmission
Dès sa création, La Maison Luquet a voulu aller à contre-courant de l’élitisme parfois présent ou ressenti dans les métiers d’art. Pour Simon et Soumia, il est essentiel que la forge ne soit pas perçue comme un bastion réservé à quelques initiés, mais comme une pratique accessible, profondément humaine, et surtout adaptable à chaque corps, chaque rythme, chaque histoire.
Cela implique :
Une pédagogie individualisée, qui s’adapte au niveau, au vécu et aux appréhensions de chacun·e.
Une attention portée au confort physique (marteaux de poids varié, étaux réglables, pauses régulières).
Une valorisation des gestes sensibles, précis, souvent plus naturels pour les personnes moins à l’aise avec la force brute. L’accès à des équipements et des machines qui prennent justement le relais de la force nécessaire.
Une mise en confiance constante, notamment pour les personnes qui n’ont pas l’habitude des environnements techniques ou manuels.
L’objectif ? Redonner le pouvoir d’agir. Montrer que créer de ses mains n’est pas réservé aux hommes, ni aux « manuels » : c’est une compétence universelle, qui peut se développer avec de la patience, de l’écoute et du plaisir.
Une attention particulière portée au public féminin
Les femmes sont encore peu nombreuses dans les ateliers de forge. Par peur de ne pas avoir la force, de ne pas être prises au sérieux, ou simplement parce qu’elles n’ont jamais été invitées à essayer. À La Maison Luquet, cette réalité est prise à bras-le-corps.
« La forge, c’est pas une affaire de biceps. C’est une affaire de rythme, de technique, d’écoute de la matière. » — Simon Luquet
Des ateliers d’initiation spécifiquement pensés pour les femmes sont proposés régulièrement. Ce ne sont pas des ateliers « féminisés » ou allégés, mais des espaces où la pédagogie est adaptée pour lever les blocages et permettre à chaque participante de s’approprier la forge à sa manière. Ces ateliers sont souvent inscrits dans des projets plus larges avec des partenaires qui accompagnent la réinsertion ou la reconversion professionnelle.
Les retours sont souvent bouleversants :
« Je ne pensais pas être capable de faire ça. »
« C’est la première fois qu’on m’explique les choses sans me faire sentir ignorante. »
« J’ai enfin pu essayer sans me justifier. »
Ces témoignages montrent que l’inclusivité n’est pas un concept abstrait : c’est une expérience vécue, une transformation intérieure, un levier d’émancipation.
Des actions concrètes pour une forge ouverte
Pour rendre cette approche tangible, la taillanderie La Maison Luquet a mis en place une série d’initiatives concrètes :
Charte de bienveillance incluse dans les CGU-CGV : elle rappelle les règles simples mais essentielles du vivre-ensemble (respect, écoute, entraide).
Accueil individualisé : chaque personne est reçue avec un temps d’écoute pour comprendre ses attentes, ses peurs éventuelles, son niveau.
Supports pédagogiques variés : dessins, vidéos, démonstrations en direct, pour s’adapter à tous les profils d’apprentissage.
Groupes réduits : pour garantir une qualité de transmission et un accompagnement personnalisé.
Communication inclusive : sur le site et les réseaux, avec des photos non genrées, un langage ouvert, des témoignages variés.
Et surtout, un état d’esprit ouvert, qui considère que chacun a quelque chose à apporter, à apprendre, à transmettre. C’est aux encadrants qu’il revient d’apprendre à s’adapter.
Un espace de transformation individuelle et collective
Participer à un atelier de forge à La Maison Luquet, ce n’est pas seulement apprendre un geste technique. C’est souvent un moment de transformation personnelle. Les participant·es repartent avec un objet qu’ils ont forgé eux-mêmes, bien sûr. Mais ils repartent surtout avec une confiance nouvelle, une fierté, un sentiment d’appartenance.
Dans un monde où beaucoup de gens se sentent déconnectés du concret, de leur corps, de leur capacité à créer, la forge devient un outil de reconnexion à soi. Et quand cette expérience se vit dans un cadre bienveillant, elle peut devenir profondément réparatrice.
Vers une forge du futur
En refusant les dogmes et les rigidités, La Maison Luquet trace une voie originale dans le paysage artisanal français. Elle montre qu’il est possible de transmettre un métier ancien sans reproduire les exclusions d’autrefois. Qu’on peut manier le feu et le métal tout en cultivant la douceur, l’humilité, le respect.
Cette démarche inclusive est aussi un acte politique, au sens noble du terme : celui de construire un monde plus juste, plus accessible, plus humain. Et si elle bouscule parfois les habitudes, c’est pour mieux ouvrir les portes.
En formant régulièrement des futures taillandières (le mot reste encore à inscrire dans le dictionnaire), Soumia et Simon Luquet leur communiquent les gestes, mais aussi la projection économique et les astuces professionnelles pour une réussite en autonomie et un fort sentiment de légitimité.
Pourtant cela reste beaucoup trop timide : à peine 5% en 2023 et 11% en 2024, les femmes poussent encore trop peu les portes de l’atelier.
À La Maison Luquet, on forge des outils, mais aussi des liens, des parcours, des possibles. Et c’est sans doute cela, la vraie modernité.
Conclusion : une invitation à (se) forger autrement
La Maison Luquet prouve qu’un atelier de forge peut être un lieu d’accueil, de transmission, d’émancipation. Un lieu où l’on vient pour apprendre à frapper le métal, mais où l’on découvre bien plus : un rapport nouveau à soi, aux autres, au monde.
Dans cette époque en quête de sens, d’ancrage et de justice, cette approche résonne comme une promesse. Celle qu’il est possible d’honorer la tradition tout en l’ouvrant à demain. De manier le marteau sans brutalité. De faire place à toutes les mains, toutes les voix, toutes les histoires.
Bienvenue à La Maison Luquet. Là où la forge devient un art de vivre ensemble.
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