Depuis sa création, la fondation Handshouse Studio s’est donné pour mission de réveiller l’histoire par la main. À travers des projets participatifs et transdisciplinaires, l’organisation américaine recrée des objets historiques en utilisant les outils, matériaux et techniques d’origine. Un travail manuel qui se veut authentique et qui donne naissance à des expériences éducatives riches, connectant les participants aux savoirs du passé.
👉 Tout commence par un objet. L’objet choisi, porteur d’une mémoire culturelle complexe, devient le point d’ancrage d’une quête : qui l’a fabriqué, avec quelles ressources, pour quelle finalité ?
👉 Puis vient la recherche. Les artisans, étudiants, professeurs et chercheurs rassemblés autour du projet explorent les moindres recoins de l’histoire matérielle de l’objet. Ils posent des questions cruciales : Quels outils étaient utilisés ? Quelles étaient les contraintes de l’époque ? Comment les choix de construction révèlent-ils la société qui les a produits ?
👉 Ensuite, on reconstruit. Main dans la main, les participants redonnent vie à l’objet à l’échelle 1, avec des outils d’époque ou des répliques fidèles, dans un geste collaboratif où chaque coup de hache devient une passerelle entre passé et présent.
👉 Enfin, on écoute l’histoire. Le processus de fabrication fait émerger des récits humains, sociaux et culturels qui résonnent profondément. Ces récits sont ensuite transmis via des expositions, documentaires, conférences ou publications pour nourrir une mémoire collective vivante.
Un geste de solidarité internationale : le projet Notre-Dame de Paris
Après l’incendie tragique de la cathédrale Notre-Dame de Paris en avril 2019, l’équipe de Handshouse a décidé d’une certaine manière de contribuer à la renaissance de ce symbole mondial du patrimoine, en apportant sa méthodologie singulière. Ainsi est né le Handshouse Studio: Notre-Dame Project, une série d’ateliers outre-Atlantique et de reconstitutions dédiées à l’étude et la transmission des savoir-faire médiévaux associés à l’architecture de Notre-Dame.
👉 Le projet a débuté en 2021 par la reconstruction grandeur nature de la ferme de chœur n°6, l’une des plus anciennes structures en bois de la cathédrale. Ce travail s’est appuyé sur les relevés manuels méticuleux de l’architecte en chef de la restauration, Rémi Fromont, et a été réalisé au plus près des techniques médiévales transmises par les charpentiers français.
👉 Ce chantier a rassemblé charpentiers traditionnels, historiens, étudiants en architecture, forgerons et artisans américains autour d’un but commun : faire revivre un chef-d’œuvre disparu, avec humilité.
👉 Grâce à la collaboration de figures clés comme François Calame (Charpentiers sans Frontières) ou le général Jean-Louis Georgelin, ce projet a pris une dimension internationale, valorisant les métiers du patrimoine dans une dynamique de coopération transatlantique.
L’appui crucial de la taillanderie La Maison Luquet
6600 km séparent le chantier de Handshouse de La Maison Luquet. Pourtant, la toute jeune taillanderie s’est montrée réactive et inventive pour réussir à réunir 33 outils de charpente en à peine un mois. Les charpentiers américains profitant de cette occasion unique de rapatrier des outils d’équarrissage européens, ont défié La Maison Luquet de chercher, trouver, fabriquer et envoyer, différentes sortes de haches et des bisaigües. Après le chantier préparatoire de la Ferme N°7 de 2020, mené par les Charpentiers Sans Frontières en Normandie, c’était à nouveau l’occasion pour la Maison Luquet de montrer ce qu’elle a dans les tripes et de mettre en lumière le travail d’autres collègues.
Un audit et un rapatriement d’outils déjà forgés a été organisé auprès de taillandiers et d’un charpentier acceptant de s’associer à l’urgence de l’opération. La Maison Luquet a pu compter sur la confiance et la réactivité de la Taillanderie Sauvage(FR), de Tomas Kozel (CZ), Nicholas ERB (CA) et l’Atelier Gustave REMON (FR).
Mais le plus impressionnant fut dans la collaboration au pied levé de Cécile Bouisset – Atelier les Frappantes – et Simon Luquet. En un temps record de 10 jours, ils forgent à deux, 6 Gust’axe, 2 Couret et 2 Jilshan, des haches d’équarrissage d’une extrême technicité.
La taillanderie : un savoir-faire indispensable au chantier de Notre-Dame
Un laboratoire vivant comme celui-ci ne saurait exister sans une revalorisation profonde des métiers de la forge. Pour reconstruire avec justesse les fermes de la cathédrale, il fallait les bons outils — fabriqués à la main, selon les modèles médiévaux.
C’est dans ce contexte qu’est intervenue La Maison Luquet, taillanderie artisanale basée en Alsace, mandatée par les Ateliers Perrault et l’Atelier Desmonts, avec d’autres taillanderies françaises : la taillanderie l’Atelier LET, l’Atelier les Frappantes, la Taillanderie Sauvage et la Taillanderie Claudel. Cette synergie exceptionnelle a permis la recréation de plus de 60 outils d’époque, parmi lesquels des haches à dégrossir et des haches de finition.
Ce projet a été un moment charnière pour la Maison Luquet :
En tant que l’un des rares ateliers de taillanderie en France, leur expertise s’est révélée cruciale pour équiper les charpentiers avec des outils authentiques, fidèles aux techniques du XIIe siècle.
Ce chantier a également offert l’opportunité de tester, affiner et documenter des procédés de fabrication ancestraux, contribuant ainsi à un véritable travail de recherche appliquée en taillanderie.
Soumia Luquet, cofondatrice de La Maison Luquet, témoigne :
« Ce chantier a été une vitrine unique pour montrer la pertinence et la beauté du travail artisanal dans un projet patrimonial d’une telle ampleur. Ce chantier a agi comme une ultime accréditation pour la taillanderie avant de la révéler au monde entier. C’est une forme de réparation symbolique : faire renaître par le feu, ce qui a été perdu dans les flammes. »
Cette collaboration démontre que la taillanderie, longtemps marginalisée, retrouve aujourd’hui sa place dans la sauvegarde du patrimoine mondial.
Un projet itinérant, entre transmission et exposition
À la suite de l’atelier de Washington (2021), la ferme de chœur n°6 fut levée à la main dans l’enceinte de la Basilique du National Shrine of the Immaculate Conception. Depuis, les reconstitutions (ferme, maquette de La Forêt, coq du clocher) voyagent à travers les États-Unis dans le cadre de conférences, d’ateliers pédagogiques et d’expositions muséales.
Actuellement, la ferme de chœur et la maquette 1:10 de La Forêt sont visibles au Fenimore Art Museum à Cooperstown (NY).
👉 Pour participer, découvrir les institutions partenaires ou soutenir l’initiative : www.handshouse.org
« Notre objectif était de créer un projet éducatif comme geste de solidarité mondiale entre artisans. C’est devenu un acte de réparation vivant, inscrit dans le bois, le cuivre et l’histoire que nous partageons. » — Marie Brown, directrice exécutive de Handshouse Studio
Pour aller plus loin :
🔗 Handshouse Studio sur Instagram
🔗 Notre-Dame de Paris – Site officiel de la reconstruction
🔗 La Maison Luquet
🔗 Charpentiers sans Frontières
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