portrait soumia et simon luquet, à la tête de la taillanderie française la maison luquet
Forger un monde plus inclusif – Ce que veut dire une « safe place » dans un atelier de forge.

Forger un monde plus inclusif, c’est le pari que fait La Maison Luquet en ouvrant son
atelier comme une safe place, accessible aux femmes et aux débutant·es.

Une double ambition, dès le départ

La Maison Luquet, fondée par Simon et Soumia, s’est construite sur une double ambition : préserver un savoir-faire en voie de disparition, et l’ouvrir au plus grand nombre.

👉 C’est de là que vient la démarche d’inclusivité de l’atelier — la volonté de créer un espace respectueux, bienveillant et accessible à toutes et tous, notamment un public souvent éloigné de ce type d’artisanat : femmes, débutant·es, profils que les normes ne verraient pas spontanément dans un atelier.

Une safe place, sans grands slogans

La forge peine à se défaire de son étiquette de monde fermé, rude, masculin — réservé à ceux qui savent déjà. Une vision réductrice, et surtout contre-productive.

Chez La Maison Luquet, le principe est simple : personne ne devrait se sentir exclu d’un espace de savoir. Pas de grand slogan pour l’imposer — plutôt une culture, une attention constante à la façon dont chacun est accueilli, écouté, encouragé.

« Ce n’est pas un atelier où on juge ou où on vous regarde de travers si vous n’avez jamais tenu un marteau. On est là pour transmettre, et ça passe d’abord par le respect. »

— Soumia Luquet

Concrètement, ça donne quoi

👉 On valorise l’apprentissage, pas la performance.

👉 On prend le temps d’expliquer, sans faire sentir à personne qu’il ou elle « devrait déjà savoir ».

👉 On veille à une ambiance bienveillante et encourageante, jamais moqueuse ni condescendante.

👉 On écoute les ressentis — notamment sur le rapport au corps, à la force, au feu — pour que chacun·e trouve sa manière d’apprivoiser la matière.

L’inclusivité comme levier de transmission

Dès sa création, La Maison Luquet a voulu aller à contre-courant de l’élitisme parfois ressenti dans les métiers d’art. La forge ne doit pas être un bastion réservé à quelques initiés, mais une pratique accessible et adaptable à chaque corps, chaque rythme, chaque histoire.

👉 Une pédagogie individualisée, adaptée au niveau et au vécu de chacun·e ; une attention au confort physique (marteaux de poids variés, étaux réglables, pauses régulières) ; une valorisation des gestes précis, souvent plus naturels pour les personnes moins à l’aise avec la force brute ; une mise en confiance constante.

L’objectif : montrer que créer de ses mains n’est réservé ni aux hommes, ni aux « manuels » — c’est une compétence universelle, qui se développe avec de la patience, de l’écoute et du plaisir.

Une attention particulière au public féminin

Les femmes restent peu nombreuses dans les ateliers de forge — par peur de manquer de force, de ne pas être prises au sérieux, ou simplement parce qu’on ne les a jamais invitées à essayer.

« La forge, c’est pas une affaire de biceps. C’est une affaire de rythme, de technique, d’écoute de la matière. »

— Simon Luquet

Des ateliers d’initiation pensés pour les femmes sont proposés régulièrement — pas des ateliers « allégés », mais des espaces où la pédagogie lève les blocages pour que chaque participante s’approprie la forge à sa manière. Certains s’inscrivent dans des projets plus larges, aux côtés de partenaires qui accompagnent la réinsertion ou la reconversion professionnelle.

👉 Les retours sont souvent bouleversants : « Je ne pensais pas être capable de faire ça. » « C’est la première fois qu’on m’explique les choses sans me faire sentir ignorante. » « J’ai enfin pu essayer sans me justifier. »

Des actions concrètes

👉 Une charte de bienveillance incluse dans les CGU-CGV, qui rappelle les règles simples du vivre-ensemble.

👉 Un accueil individualisé, avec un temps d’écoute pour comprendre attentes, appréhensions et niveau de chacun·e.

👉 Des supports pédagogiques variés — dessins, vidéos, démonstrations — pour s’adapter à tous les profils d’apprentissage.

👉 Des groupes réduits, pour garantir un accompagnement personnalisé.

👉 Une communication inclusive, sur le site et les réseaux : photos non genrées, langage ouvert, témoignages variés.

Et surtout, un état d’esprit : chacun a quelque chose à apporter, à apprendre, à transmettre. C’est aux encadrants qu’il revient de s’adapter.

Ce qu’on repart avec

Participer à un atelier, ce n’est pas seulement apprendre un geste technique. C’est souvent un moment de transformation personnelle — on repart avec l’objet forgé de ses mains, mais surtout avec une confiance nouvelle, une fierté, un sentiment d’appartenance.

Dans un monde où beaucoup se sentent déconnectés du concret, la forge devient un outil de reconnexion à soi — et quand cette expérience se vit dans un cadre bienveillant, elle peut devenir profondément réparatrice.

Le chiffre qui reste à faire bouger

En formant régulièrement de futures taillandières — le mot lui-même reste encore à inscrire dans le dictionnaire — Simon et Soumia transmettent les gestes, mais aussi la projection économique et les astuces professionnelles pour une réussite en autonomie.

👉 Pourtant, la réalité reste têtue : à peine 5 % de femmes dans l’atelier en 2023, 11 % en 2024. Les portes s’ouvrent, mais encore trop timidement.

Une invitation à (se) forger autrement

La Maison Luquet prouve qu’un atelier de forge peut être un lieu d’accueil, de transmission, d’émancipation — où l’on vient apprendre à frapper le métal, et où l’on découvre bien plus : un rapport nouveau à soi, aux autres, au monde.

Manier le marteau sans brutalité. Faire place à toutes les mains, toutes les voix, toutes les histoires. C’est sans doute cela, la vraie modernité.

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quatre personnes découvrant les stages coutellerie à la maison luquet